Le jour même où l'Azerbaïdjan célébrait la reddition des combattants séparatistes arméniens au Haut-Karabakh, de nombreux habitants de la capitale de la région séparatiste, Stepanakert, se livraient à une activité particulière. Ils ont été vus en train de brûler des piles de papier, craignant que tout document les liant au gouvernement de facto n'entraîne des persécutions sous le régime azerbaïdjanais. Même si le récent cessez-le-feu a peut-être mis fin au conflit sanglant mené pour le contrôle de la région, des inquiétudes grandissent quant à la potentielle crise humanitaire qui pourrait en découler. L'Azerbaïdjan a exprimé son intention de « réintégrer » le Haut-Karabakh, soulevant des questions sur le sort des Arméniens de souche de la région et sur la possibilité de violences ou d'exode massif.
Ce n'est un secret pour personne que l'Azerbaïdjan vise à reprendre le contrôle total du Haut-Karabakh, une enclave qui est sous le contrôle des séparatistes arméniens depuis des décennies, bien qu'elle soit internationalement reconnue comme faisant partie de l'Azerbaïdjan. Les guerres précédentes et les multiples accords de cessez-le-feu ont montré qu’une paix durable n’est pas facile à réaliser dans cette région. Le récent accord entre les deux parties va encore plus loin, le Haut-Karabakh acceptant le désarmement complet de ses forces armées. Les responsables azerbaïdjanais exigent cependant des mesures supplémentaires, notamment la dissolution du gouvernement de facto au pouvoir sur le Haut-Karabakh.
Le président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, a clairement indiqué que les responsables du Karabakh avaient un choix à faire : s'intégrer pleinement à l'Azerbaïdjan ou en subir les conséquences. Des discussions ont eu lieu entre les responsables de Bakou et du Karabakh, axées sur les questions humanitaires et le besoin de fournitures essentielles comme le carburant et la nourriture. La délégation azérie a assuré que ces demandes seraient satisfaites. Une préoccupation majeure concerne toutefois le processus potentiel de réintégration et ses conséquences. Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan et les experts internationaux ont mis en garde à plusieurs reprises contre un potentiel nettoyage ethnique de la population arménienne de l'enclave.
Pour ajouter à leur détresse, le Haut-Karabakh est sous blocus depuis plusieurs mois, avec un poste de contrôle militaire empêchant l'importation de nourriture et laissant les habitants vulnérables à la famine. Les organisations humanitaires et les médias étrangers n'ont pas pu accéder à la région, ce qui rend difficile la vérification des informations faisant état d'attaques et des mouvements de civils. Les rapports faisant état de bombardements intenses et de sièges dans divers villages dressent un sombre tableau de la situation. Des milliers d’habitants du Karabakh ont déjà fui vers l’aéroport où sont stationnés les soldats de maintien de la paix russes.
Pour les Arméniens de souche qui choisissent de rester sur place, l'incertitude et la peur pèsent lourd. Si certains ont décidé d’évacuer, la question reste de savoir qui facilitera leur départ si le blocus est finalement levé. En outre, des inquiétudes se font jour quant à une éventuelle détention ou persécution des hommes qui ont participé à des conflits passés ou occupé des postes au sein des autorités de facto. La situation est complexe et désorganisée.
Il y a également des spéculations sur l'endroit où les Arméniens du Karabakh pourraient potentiellement aller s'ils parviennent à évacuer. Le gouvernement arménien a déclaré qu'il n'avait pas l'intention de les déplacer, mais qu'il croyait en leur droit de vivre en sécurité et dans la dignité dans leurs foyers. Si une telle sécurité est jugée impossible, d’autres décisions devront peut-être être prises, même si aucun détail n’a été fourni.
La question qui se pose est de savoir comment l'Azerbaïdjan envisage de démanteler les institutions existantes au Haut-Karabakh et d'établir les siennes. La région a une longue histoire d’autonomie, ayant été autonome en tant qu’État de facto. Démanteler les institutions existantes sans aucun effort d’intégration pourrait compromettre les futurs efforts de consolidation de la paix. En outre, il est largement admis que l’Azerbaïdjan aurait recours à la force si les Arméniens de l’enclave refusaient d’accepter la citoyenneté azerbaïdjanaise. Cela suscite des inquiétudes quant au risque de nouvelles violences et au déplacement des communautés arméniennes de la région.
Dans le meilleur des cas, il pourrait y avoir des efforts d'intégration symboliques, rappelant un village Potemkine, visant à impressionner la communauté internationale. Cependant, à long terme, une ingénierie démographique systématique pourrait être utilisée pour chasser les communautés arméniennes de la région. La situation reste incertaine, la vie des Arméniens de souche du Haut-Karabagh étant en jeu.


